En me promenant dans un village du bord de Rance, ne pensant à rien, j’ai soudainement été envahi par une sorte de nostalgie inquiète. Mon regard a croisé sans prévenir celui d’une petite école vide.
La classe était là, sagement rangée mais inexorablement seule, patiente, presque triste malgré ses couleurs chatoyantes.
C’est curieux : en regardant une salle de classe vide, on est submergé par des sensations remontant du passé. Les odeurs de craie, d’encre, de terre argileuse, de colle, de feuilles d’arbres, de propreté aussi, de sable mouillé … à la simple vue de ces petites chaises enfantines, c’est un tsunami de sentiments mélangés qui m’inonde.
J’entend des cris, ceux d’enfants jouant dans la cour. J’entend des chuchotements. J’entend le son provoqué par l’instituteur écrivant au tableau. Mais de tout cela, rien n’est présent. Les vacances ont vidé les classe. L’école attend.
Je comprends très vite que cette attente du passé, mon passé lointain, est aussi celle d’un avenir qui se dessine à l’horizon. Mon bonhomme à moi va entrer à l’école.
Je dois être à la fois stressé pour lui, heureux, curieux de retrouver au travers de lui tous ces moments magiques, cette poésie que je garde au fond de moi et qui déborde de temps en temps sur mon clavier d’ordinateur ou de piano.
Serai-je à la hauteur quand mes souvenirs viendront me saluer ? Quand je les croiserai au détour d’un portail ? Aurai-je la bonne attitude quand le souvenir du gamin que j’étais viendra me bousculer en sortant trop vite de la cour ? Et quand l’institutrice viendra me parler, aurai-je envie de regarder le bout de mes chaussures en rougissant d’avoir bien travaillé ?

